Insolite. Paris : Mamie graffiti dessine ses chats la nuit

Insolite. Paris : Mamie graffiti dessine ses chats la nuit
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A presque 80 ans, Missekat dessine des chats sur les murs de Paris la nuit. Sans autorisation.

la doyenne du street art parisien

 

« Mes petits enfants, ça les amuse d’avoir une grand-mère délinquante. »Liselotte Nissen se marre, une cigarette à la main. « Je fume seulement depuis quelques mois, il faut bien commencer un jour ! » Cette Danoise aura 80 ans en octobre mais en paraît quinze de moins.

C’est la doyenne du street art parisien, incarné par des artistes qui peignent et dessinent dans la rue. En se baladant dans son quartier du Marais, on peut admirer ses œuvres sur des murs d’immeubles des rues Saint-Anastase ou Debeylleme (Paris IIIe). « C’est un quartier qui n’est pas trop investi par les graffeurs, donc j’ai toute la place pour y dessiner mes chats », explique-t-elle.

Missekat, son nom d’artiste qui signifie « petit minou » dans sa langue maternelle, ne peint que ça dans la rue à l’aide de pochoirs. « Mon chat Fantomas m’inspire beaucoup, donc, pour l’instant, je ne dessine que des félins, mais peut-être qu’un jour je ferai autre chose. » Depuis près d’un an, Missekat a graffé sept chats dans le Marais, et aucun n’a été effacé. « Je repasse souvent les voir, et à part un qui a disparu à cause de travaux, ils sont tous intacts ! » Mais si sa passion pour le street art est toute récente, son goût pour le dessin est, lui, beaucoup plus ancien. « J’ai toujours aimé dessiner ou peindre, et ce depuis toute petite », explique cette fan de Modigliani et de Gauguin. L’art semble être l’un des fils rouges de son existence. Liselotte, née en 1936, a eu plusieurs vies. Son père travaillait dans l’import-export avec le Japon, elle a donc passé les neuf premières années de sa vie à Kobé, à 300 km d’Hiroshima.

« Nous étions coincés au Japon avec mes parents à cause de la guerre. Lorsque la bombe nucléaire a explosé, j’avais 9 ans. » On n’en saura pas plus sur ce souvenir aussi lointain qu’il paraît douloureux. La famille Nissen rentre au Danemark à l’issue du conflit et la jeune Liselotte commence enfin une scolarité normale. Elle obtient l’équivalent du baccalauréat quelques années plus tard avant de tomber amoureuse d’un Parisien venu visiter le Danemark. Elle décide de le suivre et débarque à la capitale en 1959, à l’âge de 23 ans. Maman de deux filles, elle devient ensuite professeur d’anglais et d’allemand pendant une quinzaine d’années avant de se lancer dans le photojournalisme pendant vingt ans. « J’ai travaillé pour Libération, Challenges ou encoreCosmopolitan, mais ce qui m’intéressait, c’était de réaliser des sujets hors des sentiers battus. » Elle travaille notamment sur le milieu des travestis de Pigalle, sur les gitans ou encore sur des réseaux mafieux napolitains. « J’aimais bien rencontrer des gens qui étaient un peu à la marge, peut-être parce que je le suis un peu moi aussi. »

Une fois sa retraite prise, la future Missekat revient à son premier amour, la peinture. « J’avais beaucoup trop de toiles chez moi, il fallait que je trouve une solution ! » Et cette solution, elle la trouvera grâce à sa rencontre avec Louis Larret-Chahine, l’un des fondateurs de la galerie de street art The Wall. « Il m’a proposé d’exposer chez lui et m’a suggéré l’idée que je graffe dans la rue. Au début, je n’osais pas trop, mais l’excitation de sortir la nuit pour faire du street art m’a vite séduite. » Assouvir sa passion en bravant les interdits.

22 heures, elle part dessiner ses chats…

22h

 

Il est 22 heures. A Paris, la rue Turenne (IIIe) est assez calme en cette fin de mois d’août. Le quartier aussi. Missekat, débardeur noir, enfourche son vélo, féline, prend ses bombes, marqueurs et feutres dans une cagette accrochée à son porte-bagages et son carton à dessins fixé à sa bicyclette. Elle s’arrête une première fois rue Saint-Anastase devant l’une de ses œuvres, un chat pensif assis sur ses pattes arrière au pied d’un arbre.

« Bon, on va trouver un endroit où je peux dessiner celui de ce soir », finit-elle par déclarer. L’artiste continue, s’arrêtant pour toucher le mur avec la main gauche. « Il faut que le mur soit plat et pas trop granuleux, pour éviter qu’il y ait des bosses sur les pochoirs. » Missekat trouve ce qui lui faut au niveau du 18, rue Debelleyme. Il est 22 h 20, la graffeuse commence son dessin. Elle sort un premier pochoir puis la première bombe, qu’elle secoue avant d’en asperger le contenu sur le mur un peu jauni par la lumière du lampadaire. Ses mouvements sont rapides et, à chaque bruit suspect, elle jette un regard vers le bout de la rue. « C’est un peu stressant, mais c’est cette adrénaline que j’aime. » Après quinze minutes de travail, trois pochoirs, Missekat fume une cigarette et se recule pour admirer son travail. « J’aurais peut-être dû dessiner une souris, pour que les gens comprennent pourquoi il y a une flaque de sang… mais je préfère les laisser imaginer », décide-t-elle. Quelques passants s’arrêtent pour la féliciter, des jeunes trouvent ça « cool ». Elle se marre, un peu gênée. Si la plupart des riverains apprécient ce qu’elle dessine, ce n’est pas du goût de tous. « Un soir, une personne m’a filmée pour me dénoncer à la police, mais je n’ai jamais eu de problème ensuite », confie-t-elle. Depuis, Missekat évite de sortir seule. « Je me fais souvent accompagner par des amis, ou par mes petits-enfants, c’est plus rassurant. »

 

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30 août 2016 / pour / dans

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